Lorsque la COVID-19 a commencé à se propager en Ontario, l’équipe de santé mentale de l’hôpital Baycrest a su qu’elle devait agir rapidement pour protéger ses usagers admis présentant un risque élevé.

Situé à Toronto, en Ontario, dans un quartier considéré comme une zone à risque pour la COVID-19, l’hôpital Baycrest est un chef de file en soins gériatriques et en foyer d’accueil spécialisé, qui accorde une attention particulière à la santé du cerveau et au vieillissement.

Maria Nelson, infirmière en pratique avancée pour la santé mentale et la neurologie comportementale en milieu hospitalier, a fait remarquer que l’équipe était consciente de la nécessité d’établir un processus permettant de dépister régulièrement et en toute sécurité la COVID-19 chez les usagers afin de prévenir et de contrôler les infections. Elle a déclaré qu’un processus efficace a été mis en place « en quelques minutes ». Ce processus est ensuite devenu une pratique exemplaire reconnue par l’Organisation de normes en santé (HSO), l’une des premières relatives à la COVID-19.

Des membres de l'équipe de Baycrest en EPI.

Des membres de l’équipe de Baycrest se préparent pour les tests de dépistage de la COVID-19.

Avec cette pratique exemplaire, les tests de dépistage de la COVID-19 aux fins de surveillance pour les usagers présentant des comportements réactionnels aigus, Baycrest propose un protocole de tests de surveillance qui aide à prendre en charge les comportements réactifs aigus et les comportements liés à la santé mentale lors d’une pandémie, comme celle qui sévit.

Maria Nelson a souligné qu’au Canada, les soins de longue durée ont été durement touchés par la COVID-19 en raison de sa population de résidents présentant un risque élevé qui souffrent souvent de maladies comme l’alzheimer ou d’autres maladies liées à la santé mentale. « De nombreux résidents atteints de divers types de démence ou de troubles mentaux présentent un risque important de propagation de la COVID-19, car ils ont des comportements réactifs et ne peuvent pas être isolés, a-t-elle déclaré. Non seulement il est difficile de contenir des comportements tels que la désinhibition, l’agitation, l’agressivité, l’agitation, en particulier chez les personnes en mesure de se déplacer, mais l’infrastructure des hôpitaux ou des établissements de soins de longue durée ne s’y prête pas facilement. Il est difficile de travailler avec des usagers et des résidents qui n’ont pas toujours la capacité cognitive de comprendre la nécessité de l’isolement ou la raison d’être d’un test de dépistage de la COVID-19. »

Maria Nelson a ajouté qu’il n’aurait pas été conforme à la pratique éthique de Baycrest de recourir à des médicaments pour calmer et immobiliser les usagers ou les résidents dans le seul but de prévenir ou de contrôler la propagation de la COVID-19. « L’équipe de soins de Baycrest a dû trouver un moyen sécuritaire et éthique de procéder », a-t-elle ajouté.

Maria Nelson a expliqué que le protocole de tests de dépistage aux fins de surveillance comporte quatre éléments clés : 1. la sélection de l’écouvillon et de la méthode de test en fonction du profil comportemental de l’usager; 2. l’utilisation de pièces de morsure pour éviter les blessures aux usagers; 3. la sédation légère préalable et la réalisation en temps opportun des tests; et 4. la participation active des membres de l’équipe interdisciplinaire pour informer l’approche de test.
« Avec ce processus, nous choisissons l’écouvillon qui présente le moins de risques pour l’usager et les membres de l’équipe. Nous connaissons les comportements de nos usagers ainsi que les interventions efficaces, tant pharmacologiques que non pharmacologiques. En prenant en compte toutes ces considérations, nous avons réussi à mettre en place des tests de dépistage aux fins de surveillance pour l’ensemble de notre unité », a-t-elle précisé.

Maria Nelson a fait observer que de nombreux usagers atteints par exemple de démence ont des comportements ou des maladies qui rendent un prélèvement nasal ou pharyngé particulièrement difficile à effectuer. « Ils pourraient se montrer violents. De nombreux usagers atteints de démence peuvent également avoir des difficultés de déglutition ou des problèmes de réflexe, en fonction du stade de la maladie. Certains de nos usagers présentent une fixation orale et pourraient éventuellement avaler ou mordre l’écouvillon, a-t-elle indiqué. Ces problèmes nous ont vraiment obligés à déterminer les mesures à prendre et les moyens à utiliser pour accroître la sécurité. »

Maria Nelson a ajouté que si le comportement d’un usager ou d’un résident s’améliorait pendant son séjour en milieu hospitalier, chaque facteur de son profil comportemental serait réévalué et des modifications seraient apportées au processus en conséquence. Grâce à ce protocole, l’hôpital Baycrest a obtenu un taux de dépistage de la COVID-19 de 100 % pour les usagers hospitalisés dans ses unités de psychiatrie et de neurologie comportementale.

À ce jour, l’équipe de santé mentale de l’hôpital Baycrest n’a connu qu’un seul cas confirmé de COVID chez un usager qui a été très bien pris en charge sans que le virus se propage. « Du reste, 95 % de nos usagers ont été vaccinés lors du lancement des campagnes de vaccination. Comme la population d’usagers hospitalisés continue de se renouveler, nous faisons du maintien des tests de dépistage à des fins de surveillance et de la vaccination une priorité », a-t-elle ajouté.

Maria Nelson a précisé qu’avant la pandémie, l’hôpital Baycrest avait déjà mis en place certaines pratiques pour préparer les usagers présentant un risque élevé aux analyses sanguines, aux rendez-vous chez le dentiste ou à d’autres soins nécessaires. Elle a toutefois indiqué que la pandémie de la COVID-19 a poussé l’hôpital Baycrest à affiner ces pratiques pour en faire un processus plus efficace.

« En général, la santé mentale est un domaine à risque élevé dans le cadre de la pandémie de COVID-19, a déclaré Maria Nelson. Il n’est pas permis à tout le monde d’obtenir des résultats si probants qu’avec nos tests de dépistage à des fins de surveillance, et ce pour diverses raisons, dont la complexité de cette population. »

Maya Hohmann, conseillère en qualité et amélioration des processus à l’hôpital Baycrest, a attribué une partie de cette réussite pendant la pandémie de COVID-19 aux méthodologies d’amélioration de la qualité que l’organisme avait déjà mises en place. « Nous avons appliqué les mêmes méthodologies pour recueillir des données, tirer des conclusions de ces données et tester différentes méthodes de dépistage, a-t-elle déclaré. L’application de méthodes d’amélioration de la qualité face à la pandémie nous a permis d’évoluer rapidement dans cette situation. »

Maria Nelson a ajouté qu’il est difficile de travailler avec cette population particulière d’usagers et de résidents, que ce soit pendant une pandémie ou non. « Nous devons faire face à des défis chaque jour, surtout lorsque nous prenons en charge une population à risque élevé présentant des troubles du comportement aigus, a-t-elle déclaré. Le fait que nous ayons été en mesure de mettre en place ce processus démontre la capacité de notre équipe à être agile et à réagir pour répondre aux besoins de ses usagers et de leurs familles. »

Maya Hohmann a ajouté que ce sont des cliniciens, Maria Nelson et son équipe, qui sont à l’origine de cette pratique, désormais reconnue par HSO en tant que pratique exemplaire. « Ils n’ont pas attendu de recevoir des instructions, a indiqué Maya Hohmann. La pratique est née de la bonne connaissance de Maria Nelson de la population et de la volonté de son équipe de tenter quelque chose de nouveau pour résoudre un problème. »

Au moment de la parution de cet article, le 22 avril 2021, les unités de psychiatrie et de neurologie comportementale en milieu hospitalier de l’hôpital Baycrest ne connaissaient pas de cas de COVID, ni de nouveaux cas positifs.

Votre organisme a adopté une pratique novatrice? Faites-nous part de cette pratique exemplaire pour faire face à la COVID-19 afin d’inspirer d’autres organismes à continuer à utiliser des pratiques fondées sur des données probantes pour l’amélioration de la qualité et de la sécurité des usagers!